Chantier paroissial : une dynamique vécue ailleurs

mardi 29 août 2017

Le remodelage paroissial qui se fait lentement et sûrement dans le diocèse de Namur s’inscrit dans une dynamique entreprise par plusieurs diocèses occidentaux et nord-américains, visant à repenser la manière « d’être Eglise » et de « faire Eglise » dans le monde d’aujourd’hui, un monde sécularisé et en pleines mutations.
Ceci étant dit, il me semble pertinent de souligner que le remodelage paroissial (ou le chantier paroissial) n’est pas une invention du diocèse de Namur, moins encore celle de l’Equipe diocésaine du Chantier paroissial. En d’autres termes, le processus actuel de mise en place des Unités Pastorales dans le diocèse de Namur est un processus qui s’est déjà fait et continue à se faire ailleurs, dans d’autres diocèses. En France, on parle des « paroisses nouvelles ». Et ce sur point, les Français voire les Québécois ont pris de l’avance. Ils s’y attellent depuis quelques décennies déjà.
En 2012, la Revue Lumen Vitae a publié un numéro spécial consacré aux regroupements paroissiaux . Huit auteurs (Allemagne, Autriche, Suisse allemande, Suisse romane, Italie, Belgique et Canada) avaient reçu une grille d’évaluation afin de tirer un bilan du remodelage paroissial déjà réalisé. Il en ressort que les modèles sont extrêmement divers, mais les questions souvent semblables et les perspectives ouvertes intéressantes. Pour celle ou celui qui s’intéresse à l’évolution des paroisses, ce numéro spécial est à lire absolument. Ce numéro spécial montre une fois de plus que le remodelage paroissial préoccupe plusieurs diocèses européens. Et la France apparaît comme un « laboratoire ecclésial » fort intéressant : 59 sur 93 diocèses sont engagés dans un reploiement en « paroisses nouvelles ».
Après ces remarques introductives, je présente, très brièvement, l’expérience du remodelage dans la province de Lille, au Nord de la France, là où j’ai mené une enquête sur les paroisses nouvelles dans le cadre de mes recherches doctorales. Cette province compte trois grands diocèses : Lille, Arras et Cambrai.

Le diocèse de Lille (arrondissements de Lille et de Dunkerque dans le département du Nord) : 239 communes et 1 584 639 habitants. Il comprenait 396 paroisses en 1980. Mgr Jean VILNET dans ses Orientations estimait que « des révisions des limites et du nombre des paroisses seront nécessaires pour être fidèle au réel. » Puis, sous le titre « Paroisses nouvelles – nominations », le bulletin diocésain de Lille a rendu compte au fur et à mesure de la réorganisation du réseau paroissial, qui s’est déroulée de manière progressive. Mgr Laurent ULRICH allège en 2010 les structures pastorales géographiques. D’autres nouvelles paroisses vont voir le jour. Depuis mars 2014, le diocèse compte 110 paroisses nouvelles.

Le diocèse d’Arras correspond au département du Pas-de-Calais (1 461 387 habitants). En 1980, pour 895 communes, le diocèse comptait 1025 paroisses. Une réorganisation intervient en 1988 avec la constitution de 74 Secteurs pastoraux et de 16 zones. Pour Mgr Henri DEROUET, il s’agit d’introduire une nouvelle manière de « faire Eglise ». Le réaménagement du réseau paroissial est progressif. Le processus de regroupement s’est poursuivi sous l’impulsion de Mgr Jean-Paul JAEGER, qui a promulgué en 2004 les statuts des Equipes d’Animation de paroisse. Le diocèse ne comptait plus que 102 paroisses canoniques. Leur nombre est réduit à 94 en juin 2008, lorsque le nombre de doyennés est passé de 17 à 10 suite à un découpage qui prit en compte l’attrait des villes et la mise en place de lieux-sources.

Le diocèse de Cambrai correspond à quatre arrondissements méridionaux du département du Nord, soit 418 communes et 992 131 habitants. Il comptait 459 paroisses en 1980. Par décret du 9 juin 2003, prenant effet le 1er septembre 2003, Mgr François GARNIER, dispose que « toutes les paroisses existant à ce jour sont supprimées et sont constituées en 51 paroisses nouvelles. Ces paroisses ainsi constituées sont regroupées en 12 doyennés ». Selon ce même texte, « dans chaque nouvelle paroisse, sont constituées des équipes-relais pour servir au plus près les communautés locales et veiller à la visibilité de l’Eglise dans la société » .
On l’aura compris, la dynamique du Chantier Paroissial est vécue aussi ailleurs. Au-delà de la pénurie de prêtres et de la baisse de la pratique religieuse, le leitmotiv du remodelage paroissial n’est pas une restructuration « des services religieux », comme on le ferait dans une entreprise en crise. Il s’agit pour nous de relancer un esprit missionnaire, de prendre conscience de la nouveauté possible d’une mission ravivée pour les paroisses dans les nouveaux modes de vie, dans « la société liquide », de faire signe dans un monde en mobilité et d’entraîner les paroisses vers une vision d’avenir pour qu’elles cherchent moins à quadriller un territoire qu’à offrir des lieux de rencontres. Chez nous à Namur, le Chantier Paroissial diocésain accompagne les Secteurs dans cette métamorphose du paysage paroissial, en tenant compte des atouts et défis de chaque milieu. Ouvrons nos cœurs au souffle de l’Esprit, n’ayons pas peur d’être les artisans de l’Eglise d’aujourd’hui et de demain. Ensemble, « réinventons » nos paroisses ou Secteurs pastoraux en Unités Pastorales dynamiques, viables et missionnaires.

Abbé Willy WELE-WELE
Curé de l’Unité Pastorale Nassogne Entre Wamme et Lhomme.


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